En 1944, Rosières est définie comme l’enfer de la boue. Depuis leur départ des USA, en mai 1943, les hommes du 850th bataillon du génie américain ont vécu entouré de voisins amicaux. Après le débarquement, ils se retrouvent sur le sol de France, avec des Français, et des Français qui leur semblent indifférents, voire même peu enthousiastes. Il est vrai que les paysans se méfient…

est ce bien des Alliés qui arrivent ?

La propagande a fait son chemin…Les habitants de Rosières n’échappent pas à la règle. Ils accueillent les libérateurs sans drapeau, sans calva, comme en Normandie, sans acclamations ni débordement de joie. Il est vrai que lorsque les Américains arrivent à Rosières, le 3 septembre 1944 à 10 heures 30, il s’est écoulé de longs mois depuis le débarquement du 6 juin 1944 et l'ennemi est toujours proche, alors la méfiance est de rigueur…

 


 

 La veille de l’arrivée des Américains, les habitants ont vu une colonne arriver et, croyant avoir affaire aux libérateurs, les quelques patriotes qui ont sorti le drapeau français ont été menacés d’être fusillés…alors échaudés la veille, ils n’ont pas recommencé. Des témoins de l’époque se remémorent l’événement « Échaudé la veille, il n’y a pas eu de grands mouvements d’exaltation. D'ailleurs, cela aurait pu être de faux soldats américains ! Mais après une observation minutieuse, de la tenue et de la langue, nous nous sommes approchés et la bouteille de gnôle qui leur a été tendue a fait le même effet que le calva en Normandie… En échange, on a eu des cigarettes, du chewing- gum, et du chocolat… »

 Autre phénomène qui n’a pas facilité les relations de l’époque, la compagnie du génie leur enlève des terres pour construire une piste. D'autre part, on coupe le bois pour maîtriser la boue omniprésente…le bataillon s’installe dans plusieurs maisons du village à cause de la boue…une nouvelle occupation. Pour finir, les Américains installent des batteries antiaériennes dans le village même et tout autour. C’était trop demander aux habitants de l’époque, rappelez-vous, nous sommes en 1944 avec les mentalités de cette époque…

Petite anecdote locale, le Colonel RAY, commandant le bataillon du génie américain, avait installé son QG dans un verger derrière une ferme, et, crime de lèse majesté, sans avoir demandé la permission à la propriétaire. Celle-ci, outrée, alla voir le maire qui, ne pouvant rien faire, haussa les épaules et essaya de lui faire entendre raison. Sans doute vexée, elle prit l’habitude, tous les matins, de se lever avant l’aube et d’aller ramasser les pommes tombées afin que les GI’s ne puissent les manger…



 

 

Dans l’historique du 850th, on peut lire la description du village de Rosières : « Le statut social d’un villageois de Rosières se mesure à la hauteur du tas de fumier fumant qu’il a entassé en face de chez lui. Il y a une tradition qui perdure depuis des centaines d’années en Lorraine, la richesse et le prestige se mesurent en fonction de la hauteur du tas de fumier… selon la tradition, le fait de marcher dans le fumier porte bonheur, à condition d’y marcher du pied gauche… À rosières, la chance se trouve à chaque coin de rue… » Il y a là une tradition qui dépasse l’entendement des Américains, habitués à vivre en milieu aseptisé…

 Autre commentaire relevé sur Rosières « Comme tous les villages français, Rosières ne semble pas avoir souffert de la guerre ni du progrès…le village semble garder la même apparence depuis toujours… c’est un village à majorité paysanne, les rues principales sont encombrées de crottin de cheval et de tas de bois qui sont les symboles de la France rurale… deux autres images types, le bétail couche dans le même bâtiment que les villageois et de nombreuses volailles se promènent en liberté dans les rues… »

 

 

La tension va tout de même s’atténuer et les Américains vont sympathiser avec les habitants. Les GI’s réussiront à se faire des amis. Un certain docteur DONAHUE, parlant très bien le français, fut demandé par une famille du village comme parrain pour la naissance d’un enfant.

Les paysans vont même inviter des Américains à l’occasion d’un repas. Mais là aussi, deux cultures culinaires s’affrontent… on le relève dans le récit d’un GI’s « Invité avec un camarade à partager le repas d’une famille de Rosières, j’ai perdu tout mon appétit en voyant que le poulet qui nous était servi avait conservé sa tête…j’ai murmuré à mon camarade c’est pas vrai, je ne pourrai jamais mangé ça ! Je ne peux déjà pas supporter de le voir, alors pas question de le manger ! »


 Les échanges de bons services ne manquent pas. Monsieur T élevait des cochons dans sa ferme. Lorsque ses parents décidèrent d’en élever aussi, le problème du transport des bêtes se posa très vite…la permission d’utiliser l’ambulance américaine de Rosières fut vite accordée et notre brave paysan put transporter les porcelets de Sanzey à Rosières…mais que se serait-il passé si l’on avait eu besoin de l’ambulance pour un blessé ou si ladite ambulance s’était fait arrêter à un barrage ? Soucieux, toutefois de l’hygiène, les américains ont demandé aux paysans de désinfecter entièrement l’ambulance…


 Autre anecdote locale, le maire occupait une maison à étage, cette maison servait de mairie et d’hébergement pour deux infirmières. Un soir un officier américain vint rendre visite aux deux infirmières et ce qui devait arriver arriva, il se retrouva au lit avec l’une d’entre elles…mais après quelques festivités et libations, un coup de feu retentit dans la chambre et la balle creusa un gros trou dans le plafond, répandant de la poussière de plâtre dans toute la pièce…c’est la femme du maire qui vit d’un mauvais œil cette orgie et peu de temps après, un garde de la MP montait la garde au 38 de la rue Sagonale…

 Beaucoup d’ouvriers français, travaillant sur le chantier de Rosy, se procurèrent des habits militaires, le troc avec la mirabelle allait bon train. En effet la « gazoline » comme le disaient si bien les GI’s étaient très appréciés par nos Alliès… le Colonel RAY, du 850th bataillon, voyant un homme travaillant en tenue, mais avec les manches relevées et sans le casque obligatoire, s’approcha de lui pour lui passer un savon. En guise de réponse il n’obtint que la sempiternelle phrase, « comprends pas !» et ce fut le responsable du matériel qui se fit remonter les bretelles…

 Un certain.J.CH se souvient de cette époque et des repas que les GI’s ont partagés avec les jeunes du village… les GI’s recevaient, de la part des habitants, des œufs, des choux, des oignons et… de la « gazoline » …

Telles furent les relations entre les GI's et les habitants de Rosières au temps de ROSY A 98.


 

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