La tension entre les deux blocs ( OTAN et PACTE DE VARSOVIE) ramène les Américains sur Rosières.

Nous sommes en 1952, les rapports entre les Américains et les habitants de Rosières seront des plus chaleureux.

En effet, comment en aurait-il été autrement, puisque, légalement parlant, le personnel de la base dépendait de la commune de Rosières…

 

 

 À ce sujet, l’État civil de la commune enregistre 3.300 naissances d’enfants à l’hôpital de la base entre 1955 et 1967 ; 186 mariages de soldats américains avec des étrangères, dont 95 avec des Françaises…

le maire de Rosières dira « C’est vraiment un record pour une petite commune de 110 habitants et sur une dizaine d’années seulement… Une seule chose était assez difficile, lors des mariages, faire dire oui ! au lieu de yes ! mais on y arrivait..."


 Les relations seront si bonnes que le premier juillet 1956, en présence de monsieur le Sous-préfet de Toul, du conseiller général de l’époque, du conseil municipal et de nombreux invités américains et français, le Lieutenant-colonel EVERETT SPESS, commandant la base de  TRAB, et son épouse recevront le diplôme de citoyens d’honneur de la commune.

Cet événement sera une première en Lorraine. De la même façon, pour remercier le maire de Rosières pour son dévouement, les autorités de la base lui offriront un petit voyage à Berlin, une promenade réservée aux invités de marque, le « rêve » de cette époque…


 Chaque année, pendant leur présence sur TRAB, les Américains participeront aux cérémonies du 11 novembre et déposeront une gerbe au monument aux morts de la commune…

Autre façon d’intéresser la population, les journées organisées par les autorités sur la base, les « Armed Force Days » autrement dit les journées portes ouvertes, où le public est cordialement invité à venir admirer les aéronefs et assister aux démonstrations en vol…

 La première a lieu le 19 juin 1960, meeting aérien de deux heures réunissant les as de l’USAF et les avions les plus récents de plusieurs armées de l’air, : Canadienne ; Anglaise ; Belge et Française…

C’est à cette occasion que, pour la première fois, à Toul, sera exposé un Mystère IV. La musique du 15éme régiment du génie de l’air participera à cette fête qui fut un immense succès.

Le clou sera réalisé le 20 mai 1962, lors du superbe meeting de l’OTAN, dont le thème était « Partenaires pour la Paix ».

TRAB fut l’une des deux bases américaines en France à être sélectionnée et autorisée pour mettre sur pied ce spectacle aérien grandiose…

près de 40.000 personnes ont été comptabilisées sur le terrain. Un match de football opposa l’équipe française de Nancy aux terribles Tigres de TRAB. Contre toute attente, les « TOUL TIGERS » durent s’incliner 4 à 3, ce qui valu un beau succès à l’équipe française.

Une autre se déroulera le 17 mai 1964 1964, du temps du colonel BORDMAN, commandant en second la 10éme escadre de reconnaissance. A cette époque, TRAB est équipée de RF-4C Phantom.












 

 Les premières familles qui rejoignent TRAB sont logées dans des caravanes (trailers) tout à fait en haut de la zone vie (tournez à droite après la Main Gate et suivez la voie de chemin de fer)

Elles vont vivre en spartiate de 1952 à 1956, année où l’aménagement des services pour les familles sera enfin terminé.






 Dans l’attente de la construction de la blanchisserie, des laveries seront mises en place dans des demi-tonneaux en ferraille.

Les trailers seront améliorés avec des appentis en bois pour permettre d’obtenir une pièce à vivre en plus.

Les Américains, qui ont l’habitude du camping, ne seront pas dépaysés…

 


parmi les consignes données aux familles et que nous avons évoquées auparavant, il y en a une assez typique.

« Ne pensez jamais que parce que vous séjournez en France, vous allez être obligé de devenir Européen et de vous nourrir d’escargots et de caviar… Non votre cafétéria base vous sert des plats chauds, des sandwiches, des boissons, du café ; elle possède des machines à soda et un kiosque à journaux. Vous trouverez, d’autre part, au service club, des pâtisseries françaises, des glaces, un orchestre de danse et des spectacles de variétés… »

Et le pire, c'est que les américains diront que le sandwich préparé par les cuisiniers français au snack est le meilleur qui soit au monde…
Ils sont fous ces Américains ! Comme aurait-dit Obélix…

 

Le ton est donc donné, n’allez pas chez vos voisins hors du grillage, vous avez tout sur place…et il y a tout en effet. TRAB peut vivre en autarcie sans aucun problème.

 Le jour de la paie, qui a lieu en début de mois, les Américains se ruent vers les magasins, on ressort avec des caddies pleins de victuailles et en sortant plus un dollar en poche…

Ce n’est pas bien grave, la banque est là et on fait un crédit… une coutume tout à fait américaine.

Il en est de même pour les mariés comme pour les célibataires, tout le monde vit à crédit...


 Pour la détente, le bowling et ses six pistes, en face de l’école, les boutiques à jeux, les cours de tennis, les terrains de base-ball, de ball-trap, de football et le golf à 9 trous. Les clubs ne manquent pas.

Il y a le service club comprenant l’officiers club, le NCO club, l’Airmen’s club.

En plus, sur la ville de Nancy, l’Américan red cross club, ouvert tous les jours, propose une gamme de distractions. Il y a aussi le Rec Center, qui est à la disposition des militaires et de leurs familles pour les excursions, les soirées dansantes, les spectacles de variétés et les réceptions officielles.

 Le club franco-américain est particulièrement actif.

 Parmi les activités qui ont été développées pendant le séjour des Américains, on note un grand bal au profit des victimes de Fréjus les 12 mars et 3 décembre 1960 ; un thé dansant annuel pour venir en aide aux orphelins de l’orphelinat Colombé de Pont-À-Mousson ou du petit Arbois de Nancy.

Tous les ans, il y a la traditionnelle fête des Rois.

 



 Deux clubs de tir avec leurs stands sont sur la base.

Un pour les jeunes et un pour adultes. Le « Junior rifle Club, pour les jeunes, ne comporte pas moins de 25 % de filles.

Le club de chasse et de pêche (Rod and Gun) loue, avec l’argent des membres, des étangs et des forêts des environs.

Pour les Américains, une battue au sanglier est une vraie découverte. Chez eux, ils chassent pour le trophée, en France, ils vont apprendre à chasser pour le plaisir en battant la campagne et la forêt.

Citons également le club des photographes, « Caméra club » où Américains et ouvriers civils français et leurs familles sont invités à se joindre aux amateurs et professionnels de la photo.

Le club des amis de la bibliothèque « The friends of library », un club de danseurs, les danseurs indiens qui se produisent aux journées franco-américaines, un club caritatif qui s’occupe de la visite aux malades et de l’aide aux familles des victimes d’accidents sur la base ou au travail.

 TRAB possède une troupe de Boys Scouts et de Girls Scouts, qui accueille scouts et guides de Pont-à-Mousson, à l’occasion des feux de la saint Jean, ainsi que tous les clubs sportifs…

sur la photographie des girls scouts, de gauche à droite :

 DIANA ESTEP, NANCY BURCHILL, DONALD PARKER, RICHARD YATES, FLOYS LA FRANCE, et DAVID HANSON

Ils entourent la Girl Scout KELLY MILLER…

 

 Des amitiés vont se lier. Le Capitaine William Conley, médecin pédiatre de l'hôpital de TRAB, et le Lieutenant John Alquist, chef des services d'information de TRAB se lient d'amitié avec deux solides gaillards de Rosières : M Gaston Leclerc et M Rudy Weber....

Ils sont ici en pleine partie de tarots dont l'enjeu n'est autre qu'une bouteille de vin gris de Toul...

 Toutes les activités culturelles sont mentionnées dans le journal de la base de TRAB. Ce journal, baptisé "TOUL TIGER" prendra diverses formes selon les unités aériennes stationnées sur le site. La photothèque donne un aperçu des titres.

Chaque année, les autorités de la base décernent le titre de "bon voisin" à ceux qui ont entretenu les meilleurs rapports avec elles. Les Américains, logeant chez les habitants, proposent eux mêmes leurs candidats.

Tout cela fait partie du programme militaire car chaque base US ARMY doit avoir ses oeuvres sociales.

Chaque escadron choisit un orphelinat dont il sera le parrain. Chaque soldat se voit prélever quelques cents sur sa solde pour financer le projet qui est appliqué aussi bien aux USA qu'à l'étranger.

 Cela n'enlève pas, pour autant, la part de dévouement, de don de soi et de coeur que représente la prise en charge de ces oeuvres...

 

Voici, pour finir, quelques témoignages de militaires Américains ayant séjourné sur TRAB :

Un GI logeant en ville  :

" Les maisons en France sont d'un standing bien inférieur à celui des USA, mais peuvent être aménagées en résidences confortables. Le mobilier est très démodé, le loyer oscille entre 50 et 90$ pour un meublé et entre 40 et 60$ pour un non meublé...il faut ajouter, bien sur, les charges dans les deux cas. Souvent, les charges sont supérieures au prix du loyer..."

 Un armurier, travaillant sur F84, locataire d'un deux pièces dans un village des environs :

" la location était de 32$ par mois. Cet immeuble était vieux (selon les critères américains) D'autre part, il n'est pas facile pour les Américains, de se nourrir en France. On achetait la plupart de la nourriture au magasin de la base. Ceci a eut pour effet de ne pas changer nos habitudes alimentaires. Par contre, la maîtresse de maison dut changer sa façon de préparer la nourriture. Elle s'adapta. Il fallut acheter un réfrigérateur, l'appartement n'étant équipé d'un tel luxe. De plus, faire la vaisselle dans un évier sans eau chaude était un autre problème. Il fallait prendre l'eau chaude dans la douche, ce qui rendait la plonge plus difficille. Quand au chauffage, il n'était pas assuré par un chauffage central moderne mais par quatre chauffages au fioul qui consommaient 35 gallons par semaine...par ce long hiver français le fioul était apporté de la base dans des bidons de 5 gallons. La seule façon de faire sécher le linge était de le mettre en face du chauffage. Pourtant selon les critères du logement français, ce logement était au dessus de la moyenne...après un certain temps on s'est habitué..." et notre armurier de conclure " Ce fut une expérience magnifique que je n'oublierai jamais, je pense que les français sont très chaleureux et j'espère revenir un jour en France !"

 Un Américain de la garde nationale du Missouri, appartenant au 131st et affecté sur TRAB lors de la crise du mur de Berlin témoigne :

"Les hommes de Saint Louis travaillent dur car les avions doivent être opérationnels et prêts au combat. Aussi les GI'S savent faire bon usage de leur temps libre. Profitant des réductions offertes aux militaires américains, ils achètent des véhicules neufs et d'occasion. Les prix des voitures neuves sont particulièrement attractifs. Une Volkswagen coûte à peu près 12.000$. En plus de ces prix bas, ils peuvent acheter de l'essence sur base, bien moins chère que les 80 à 90 cents par gallon aux USA..."

Un autre confirme les dires

 " A l'aide de coupons on paie l'essence 70 cents le gallon (3,78 litres) Les 650 gars de Saint Louis ont acheté 100 voitures pendant leur séjour en France. Le détachement s'est transformé en petites vacances touristiques...on a visité les pays d'Europe occidentale...voler c'est le côté le plus glorieux de l'USAF mais on oublie souvent les gens qui entretiennent les avions, c'est donc une compensation bien méritée..."



 Il ne faut pas oublier que nos amis américains continuent de vivre dans leur société de consommation...i

Il n'est pas rare que les ouvriers civils et tous ceux qui travaillent au profit des Américains et de leurs familles, fassent les poubelles comme l'on dit...en effet on ne peut s'imaginer le nombre de choses en parfait état qu'il est possible de récupérer : des vêtements, des chaussures, des livres, des meubles, etc.

le langage des Lorrains évolue et on intègre des expressions américaines...on aime et on recherche les "rangers", ces fameux brodequins à guêtres...on copie les mots en les déformant, si nos amis américains mettent des "snow-boots "en hiver, les Lorrains mettent des "Schnobottes"...

le langage parlé évolue très rapidement, on se met à l'heure américaine...




les "bars américains" fleurissent dans toutes les villes où nos amis américains sont installés. En face de TRAB, le bar "el Rancho" en est une preuve...style américain, consommations américaines, barmaids, etc.

 Les américains viennent se distraire dans ce lieu et jouent de la guitare

Ce bar sera détruit lors d'un incendie, bien après le départ des Américains. Des militaires de la BA 136 donneront un coup de main à la patronne par la suite, pour sauver ce qui pouvait être sauvé après le sinistre.

 Un autre emplacement, plus éloigné de TRAB est fréquenté par les Américains. Il s'agit de la salle des quatre vents. Cette salle, qui faisait partie à l'époque de l'un des quatre bâtiments de la ferme des quatre vents, était un lieu de rendez-vous. Il sera, toutefois, éphémère car les bâtiments de la ferme gênaient la visibilité au carrefour.

Suite à de nombreux accidents, la ferme sera détruite et le carrefour sera aménagé comme on le connaît aujourd'hui. Le propriétaire de la ferme sera néanmoins dédommagé et on lui construira la belle maison que vous pouvez encore voir, après le carrefour, sur la route qui conduit à la base...

C'est donc avec une certaine nostalgie, que tous ceux qui ont connu cette période, évoquent aujourd'hui le temps où les avions américains déchiraient le ciel de Rosières.

D'incroyables souvenirs se rattachent à cette aventure.

TRAB restera donc un symbole de la présence de l'USAF comme partenaire dans la défense d'intérêts communs, ceux de la PAIX !



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