Nous sommes en 1967, les Américains viennent de quitter la base de TRAB.

Les Français sont en pourparlers en vue de reprendre les installations.

La base aérienne 136 de Bremgarten, en Allemagne, va rejoindre Rosières en Haye, cela fait suite à l’annonce de Jacques Chirac, alors secrétaire d’État des problèmes et de l’emploi du gouvernement de l’époque.


Les Français vont découvrir la base américaine et ses zones « dépotoirs »… en effet, les Américains sont partis en laissant tout ce qu'ils ne pouvaient emmener sur place.

Il faudra commencer par nettoyer, et restaurer ce qui aura été cassé…


 La France vient de quitter l’OTAN tout en y restant…

situation des plus ambiguë, qui conduira les chefs de l’époque à prendre des décisions parfois critiquées, faute d’argumentation politique convaincante.

De Gaulle vient tout simplement de remettre les pendules à l’heure. Retournons quelque temps en arrière…


Nous sommes en 1944, le débarquement vient d’avoir lieu. Roosevelt et Churchill n’ont qu’une idée en tête : être les premiers à Berlin pour barrer la route à Staline.

Pour eux, il n’est pas question de libérer Paris. La ligne de front doit se poursuivre vers l’Allemagne par la route la plus courte. Lorsque Churchill va poser la question à Roosevelt, de savoir ce qu’on allait faire de ce De Gaulle, la réponse tombe comme un couperet : « On annexera la France, ce qui nous fera une tête de pont envers l’ennemi communiste, et De Gaulle sera nommé gouverneur de la France, il s’en contentera… »

 C’était, bien sûr, sans compter sur l’obstination de notre Grand Charles, qui fera libérer Paris par les forces françaises libres et proclamera le gouvernement français.


Après la crise de Berlin de 1961, l’OTAN essaie d’implanter des forces nucléaires en Europe pour barrer la route à l’hégémonie soviétique.

C’en est trop pour notre Président qui, se remémorant le passé, décide que la France ne sera pas la tête de pont des USA…

C’est pourquoi il se réserve le droit de décider quand la France doit intervenir, d’ailleurs, lors du partage de l’Europe, à la conférence de Yalta, les Alliés n’avaient-ils pas oublié la France, alors, il faudra désormais compter avec elle…

La BA 136 s’installe donc sur l’emplacement de TRAB.

Les missions qui seront confiées à la 11éme escadre de chasse seront en rapport avec le plan de riposte au Pacte de Varsovie.

Que prévoit-il ?


 En cas d’attaque conventionnelle, les avions de la 11éme Escadre intègrent le dispositif d’appui feu au sol et de destruction d’objectifs au sol.

La transformation de l’Escadre sur Jaguar, en lieu et place du F 100, ouvre de larges objectifs dans ce domaine.

En effet, le Jaguar est un véritable « camion à bombes », il emporte toutes les munitions disponibles de l’époque et il est, en plus, ravitaillable en vol.


 En cas d’attaque nucléaire, le jaguar participe au plan de riposte.

Les Mirages IV vont porter le feu vengeur chez l’ennemi, et pour ce faire, les avions de la 3éme Escadre et de la 11éme Escadre vont détruire les radars ennemis.

 L’escadron 02.011 « Vosges » reprendra, à partir de l'été 1987, la mission MARTEL (antiradar) dédiée, initialement, à l'escadron 03.003. Ce dernier se séparant de ses Jaguar, reversés à Saint Dizier. L'EC 02.011 assure également le brouillage électromagnétique...

 Ce brouillage doit servir à masquer les avions venant détruire les radars. Pour ce faire, un hangar abritant le deuxième échelon de maintenance des matériels de contre mesures est construit près de l’escadron. La zone, hautement sécurisée, comporte un parc de stationnement pour permettre de faire entrer l’avion qui doit être équipé et testé par le personnel du GERMaS conte mesures.


Les escadrons 01.011 « Roussillon et 03.011 « Corse » reçoivent la mission appui au sol et destruction d’objectifs terrestres.

Les plans de riposte prévoient également une redistribution des unités sur des terrains de déploiement, c’est ainsi que d’anciens terrains OTAN sont employés pour cette stratégie.

 Chambley, ancienne base de l’OTAN sert aux avions de Toul, comme Damblain aux avions de Nancy...


En cas d’attaque chimique ou nucléaire, les bases doivent être capables de continuer la mission. Il faut donc assurer la protection du matériel et du personnel…

Toul Rosières sera une base pilote dans ce sens.

On construira un poste de commandement enterré (PCE) expérimental équipé de la dernière technologie comme les transmissions en fibre optique, ce PCE permettra à l’équipe de commandement enterrée de continuer à gérer les missions, on y trouvera un dortoir, une cuisine, des salles de commandement, des salles techniques.

L’entrée sera équipée d’un sas antisouffle et le tout sera alimenté en air filtré et pressurisé pour éviter l’entrée des gaz ou des poussières…

Ce PCE sera utilisé à chaque exercice où manœuvre importante.

 Le personnel est protégé dans des abris pour le personnels d’une capacité de 60 hommes (AP60) la zone de l’escadron 03.011, susceptible d’accueillir un escadron nucléaire est équipée d’un abri avec module d’accès et des systèmes de communication sécurisés…

C’est sur Toul Rosières que se dérouleront les fameux exercices « CIGÜE» de remises en condition en ambiance chimique, avec épandage réel de mélasse et de produit irritant, histoire d’écrire les procédures devant servir à toutes les bases de France et de Navarre. Et le personnel affecté d’une allergie à ces produits sera détaché sur d’autres bases lors des exercices… tout est mis en oeuvre pour répondre aux éventuelles attaques chilmiques, bactériologiques ou nucléaires du pacte de Varsovie...

 Le Jaguar sera le vecteur de l’armement guidé laser. L’ère des frappes dites « chirurgicales» étant arrivée, le Jaguar sera employé pour la validation des armements guidés laser. De la bombe de 1000kg au missile AS30, le Jaguar emportera tout…c’est à cette époque que l’on construit les infrastructures nécessaires à la maintenance de ce concept. On construit une salle blanche pour la maintenance de l’illuminateur laser, on construit également le hall pyrotechnique pour les tests des bombes et missiles

 Sa situation géographique et ses capacités à se développer feront de Toul Rosières la base phare de l’époque. Elle sera la base la plus visitée par les délégations étrangères. En effet, Toul devient la vitrine du savoir-faire de l’armée de l’air et de la technologie des industriels de l’armement…elle connaîtra son heure de gloire avec la guerre du Golfe. Jamais aucune autre base n’aura reçu autant de ministres, de généraux, de journalistes et n’aura été le siège d’autant de manifestations médiatiques

 Et puis l’arrivée des technologies modernes, notamment le Mirage 2000D sonnera le glas pour le Jaguar et, par la même occasion la fin de cette belle base...

Les décideurs parisiens, ne jugeant que sur plan (1), annonceront la fermeture de la base. Et comme le dit si bien le général de corps aérien RICOUR, dans sa préface pour l'historique de Toul Rosières :


« L'impensable a été imaginé, décidé, mis en œuvre pour aboutir à la fermeture de ce qu’il reste de la glorieuse base aérienne 136 de Toul Rosières… »

(1) J'ai personnellement entendu le chef d'Etat-major de l'armée de l'air dire,après sa visite, en aparté au commandant de la BA 136, et avant d'annoncer officiellement la fermeture :

 " Celui qui m'a présenté le dossier de fermeture n'est jamais venu sur le terrain..."

Il ne nous restera plus que la mémoire des grandes opérations qui auront été supportées par la base aérienne 136 soient : Lamantin, Tacaud, Chevesne, Épervier, Daguet, Crécerelle, et bien d’autres encore...


Dans l’histoire de Toul Rosières nous ne retiendrons que l' engagement du personnel de la base, un personnel qui n’a cessé d’œuvrer pour que l’unité aérienne stationnée sur le site puisse accomplir sa mission.

Au risque de blesser quelques sensibilités, il ne faut jamais perdre de vue que lorsque le personnel navigant et non navigant des unités était sur le terrain, certes en première ligne, il y avait des travailleurs de l’ombre, qui leur fournissaient la pièce voulue, à l’endroit voulu et au moment voulu...


C’est ce que nous avons décidé de raconter dans ces pages...

Comme le dit si bien l'adage :

N’oublions jamais que nous sommes tous des grains de sable et que la plage ne pourra exister que si tous les grains de sable sont réunis !


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