" Ce serait tellement joli si le soleil voulait bien se montrer…la pluie et la boue sont très gênantes. La boue colle aux chaussures, au matériel et à la peau et les véhicules ne peuvent pas bouger de place sans être treuillés. À la cuisine, la boue monte jusqu'au-dessus des chaussures. Aujourd'hui dimanche, j'ai passé une heure à enlever la boue de mes chaussures, je les ai cirées et fait briller, puis j'ai mis des vêtements propres pour sortir, mais j'avais à peine terminé que la pluie a recommencé. Je crois que je vais me contenter de vivre avec des bottes et des vêtements pleins de boue!

Il y a quelques jours, on nous a apporté des caisses de rations qui étaient tellement recouvertes de boue que j'ai eu toutes les peines du monde à lire ce qu'elles contenaient. J'ai l'impression qu'on ne nous racontait pas d'histoires en parlant de la boue des tranchées en France pendant la Première Guerre mondiale. Sherman disait, la guerre c'est l'enfer, ici l'enfer c'est la boue. Si nous ne partons pas rapidement d'ici, et que la boue augmente, j'ai l'impression que nous ne pourrons jamais en sortir, et je ne crois pas non plus qu'on puisse venir nous y chercher."







  Les bruits, qui commencent à circuler au sein du 850th, laissent à penser que le bataillon va passer l'hiver sur Rosy. C'est à cette époque que des idées germent dans l'esprit des hommes.

Certains souhaitent avoir un mess, des douches, des salles de repos. Une idée du docteur Donahue va rester dans les annales du 850th. Ce brave médecin propose de déplacer le mess de l'état-major, insistant sur le fait que le cuisinier, Albert Akers, doit installer ses cuisines dans la prairie de l'autre côté de la route. Le "Doc" choisit, lui-même, l'emplacement.

Malheureusement, avec la pluie, le nouveau mess se trouve inondé, les hommes ont de l'eau jusqu'aux genoux. Les aides-cuisiniers doivent chausser leurs bottes, et Albert Akers, surnommé "Brush Face" caresse avec nostalgie, son grand couteau, chaque fois que le nom de ce "foutu toubib" est prononcé. Avec l'humour américain, cet endroit est aussitôt baptisé "lake Donahue" et il est resté célèbre jusqu'au départ du 850th.

Le calme, relatif, qui s'est installé, conduit à la redistribution des tâches. Le Capitaine Plunkett est relevé de la compagnie "A" et se voit confier le bataillon "X", celui des Français.

On lui donne, également, la responsabilité du contrôle, qu'il doit assurer avec Henri Verhert, le chef de chantier de l'entreprise Duval.

 Plunkett va se battre, pendant des mois, pour que les choses restent en ordre et évitent de sombrer dans un chaos indescriptible. Son premier "coup de gueule" se produit, lorsque les ouvriers français sont véhiculés dans un camion débâché, faute de moyens. Les hommes, couverts de boue, sont un peu la risée publique tout au long du parcours.

On entendit hurler Plunkett jusqu'à l'autre bout du camp. Et depuis ce coup de gueule, les ouvriers ont bénéficié d'une attention, toute particulière, les camions ont été recouverts, et on a pris soin des "grenouilles"…

La pluie, omniprésente sur Rosy, l'est également sur le terrain d'Orconte, un terrain d'aviation situé sur les rives de la Marne qui vient de déborder.

 

La piste utilisée par le 354th Fighter Group  est impraticable, les avions du 354th vont déménager sur Rosy.

Le 354th Fighter Group a été constitué le 12 novembre 1942, et activé le 15 novembre sur la base d'Hamilton, en Californie. Il sert, tout d'abord, dans le cadre de la défense aérienne de l'Ouest. Équipé, au départ, de P39 Airacobra, il se transforme, le 4 novembre 1943, sur P51 B Mustang. Il est transféré le 13 novembre  sur un terrain de la RAF, à Boxted dans l'Essex. L'aérodrome est situé à environ 4 miles (6,4 kilomètres) au nord-nord-est de Colchester, et à environ 44 miles (71 km) au nord-est de Londres.

Le 354th Fighter Group est rattaché à la 9e Air Force, Il se compose de trois escadrons. Le 353rd Fighter Squadron (FS), avec comme insigne un cobra ailé, le 355th FS avec comme insigne un "chiot pugnace" avec son casque ailé, et le 356th FS, avec comme insigne un âne rouge.

Les escadrons participent, depuis leur base en Angleterre,  avec leur P51, à l'escorte des bombardiers. Le P51 est surnommé "la Cadillac du ciel". Ils sont heureux de voler sur cet appareil, et l'ambiance est plutôt excellente. Le groupe quitte l'Angleterre, quelques jours après le débarquement en Normandie.

Il rejoint le terrain de Criqueville le 22 juin 1944, puis l'avance se poursuit au fur et à mesure du recul des troupes allemandes.

Le 13 aout, il rejoint le terrain de Gaël, le 18 septembre  il est à Orconte. Pendant son séjour à Orconte, la Marne déborde de son lit et inonde la piste. Le groupe se déploie sur Saint-Dizier.

Le 13 novembre il rejoint le terrain de Perthes.

C'est vers la mi-novembre 1944 que la nouvelle tombe : le groupe va se transformer sur P47D. C'est un coup porté au moral du personnel navigant. Les pilotes vont retourner à l'instruction pour se former sur ce nouvel appareil.

La mission du groupe va changer, il devra participer à l'appui feu pour les troupes au sol. Les pilotes vont s'engager dans la bataille des Ardennes.