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L'hiver, 44/45 tombe sur Rosy. Un hiver froid, glacial, il faut démarrer les machines et les faire tourner à intervalles réguliers pour qu'elles ne refroidissent pas.

La neige tombe, couvrant d'un blanc manteau la campagne lorraine. Les températures relevées sur le terrain oscillent entre -5 et -21.

Une couche de glace se forme et il est de plus en plus difficile, pour les pilotes, de voler. Les avions partis en mission ont bien des difficultés pour retrouver la piste qui se noie dans un brouillard épais, comme on en connaît à Rosières.

Tous les hommes du bataillon, à l'exception de ceux qui montent le hangar Butler,  ainsi que le bataillon X des Français, sont affectés à la maintenance de la piste. 

L'objectif est de ne pas interrompre les vols. Les P47 ont bien du mal à rouler sur ce tapis de glace et les accidents sont nombreux. Deux ouvriers français, qui regardaient les atterrissages, sont fauchés par un P47 qui glisse. Ils sont déchiquetés par l'énorme hélice.

Grâce à l'effort des uns et des autres, le 354th peut continuer, malgré tout, ses missions hivernales. La peine et la sueur des gars de Rosy permettent de garder l'œil sur les Allemands, le succès du raid du mois de décembre 1944 a bien remboursé le prix payé.

Le 18 décembre 1944, un avion allemand survole le terrain  et tire quelques rafales de mitrailleuse sur la piste.

Les tentes de la "rue de la compagnie" sont dispersées à la hâte et la nuit, les hommes s'attendent à voir les avions allemands arriver.

Il est facile de savoir quand l'aviation ennemie arrive. Les hommes entendent le vrombissement des moteurs lorsque l'avion s'écarte de la Moselle et qu'il suit l'alignement de la nationale 411, puis, arrivé au garage, comme si une balise était plantée à l'intersection de la N 411 et de la N 408, le ronflement du moteur change et l'avion bascule sur la zone pour mitrailler ou larguer ses bombes.

 

Il y a eu deux largages de bombes entre le garage et la compagnie" A", comme si quelqu'un guidait les avions.

Le Commandant Thomas et le Sergent Boyd gardaient un fusil armé, pointé en direction du clocher de l'église où l'on avait aperçu clignoter des lumières, comme pour attirer quelqu'un.

La riposte est fournie par la compagnie "C" qui remplit le ciel de balles traçantes, même lorsque l'ennemi est parti en direction de Nancy…

L'église de Rosières émerveillait les Américains. L'aumônier Miller célébrait les offices à l'intérieur dans une atmosphère des plus révérencieuses. Les hommes admiraient les vitraux, ainsi que le cimetière et ses pierres tombales surprenantes.

Mais les signaux lumineux, aperçus dans le clocher, avaient rendu méfiants les hommes du 850th, qui n'hésitaient pas à garder des armes pointées vers le point haut de la petite église. On n'a jamais réussi à surprendre un individu dans le clocher, l'épisode des lumières reste encore un mystère.

Le 22 décembre, un avion lâche une bombe sur le terrain endommageant deux avions au sol. Pendant la période de Noël, des avions allemands survolent le terrain la nuit. Le commandement décide de construire des pare-éclats, avec des sacs de sable et de remblais, tout autour des alvéoles.

Des mitrailleuses antiaériennes sont également installées sur le terrain et dans le village, ce qui ne rassure pas la population.

Une tour de guet est construite en sapin. Le soir de Noël, des avions allemands mitraillent la tente des latrines. Selon les récits de l’époque, c’est l’affolement général et les soldats quittent la tente le pantalon sur les chevilles…il est vrai que la peur donne des ailes.

Un dernier bombardement est effectué, peu après, mais les bombes tombent sur Dieulouard, c’est tout de même un sacré écart de visée !





 

Pendant tout l'hiver, les concasseurs mâchent de la pierre et un tas, assez impressionnant, est prêt à l'emploi. La remise en état de la piste commence dès que le tas de pierres est suffisant.

Et pendant toutes les nuits, les compagnies "B" et "C" relèvent les plaques PSP, déposent vingt centimètres de pierre pour stabiliser la base. Les hommes ont appris à travailler la nuit et à contrôler leur travail dans l'obscurité. Les quelques projecteurs qui sont utilisés transforment les matériels et les hommes en ombres étranges, mais le travail se poursuit.

La piste est recouverte de jute et les plaques sont remises en place. Le travail s'arrête lorsque le dégel arrive, et ce dégel, tant attendu, arrive brutalement.

La veille, le thermomètre indique moins onze degrés et le lendemain, la pluie fait son apparition, annonçant la fin du froid. À partir de ce jour, la température n'est jamais descendue au-dessous de zéro. La neige, pourtant abondante, fond en deux jours.

Ce sont des torrents d'eau qui se forment sur la piste, et tous les hommes, y compris les Français, sont réquisitionnés pour s'occuper des fossés et surveiller le drainage qui a été mis en place. Pendant deux jours, le dégel mobilise les hommes, les reprises à effectuer sur la piste apparaissent au fur et mesure du dégel. 

À la fin du dégel, Rosy existe enfin ! Tous les efforts sont récompensés.

Il y a encore du travail à accomplir, les Français doivent refaire les murettes des fossés, les tests des tours de protection doivent se poursuivre, le revêtement doit être surveillé, mais le travail du 850th Génie est enfin terminé. La piste est construite

Le 850th peut alors poursuivre son épopée, gardant de la construction de Rosy une grande leçon. Mais avant de quitter Rosy, le bataillon doit encore relever un défi. Un P47 qui décolle largue, accidentellement, ses bombes sur la piste. L'avion est détruit, mais un trou béant se trouve au milieu de la piste, empêchant tout décollage et tout atterrissage.










Un officier de la seconde brigade, présent sur les lieux, répercute, aussitôt, l'incident vers l'état-major, indiquant que les avions qui viennent de décoller devront, sans doute, se poser ailleurs au retour. C'était sans compter sur la conscience professionnelle des hommes du 850th, et deux heures après, le trou était bouché et les avions pouvaient utiliser de nouveau la piste. Rosy avait appris une chose, aux Américains, c'est que l'impossible n'était pas uniquement français !